• Mon périple ramuzien continue avec son troisième roman.
    Il se présente plutôt sous forme de nouvelle. De par sa chronologie respectée et aussi de par l'homogénéité de sa thématique. Dans Jean-Luc persécuté il n'est question que de Jean-Luc.
    Mais pour moi c'est surtout son premier récit ayant le Valais pour décor. Et pas n'importe lequel. Puisque Jean-Luc a sa maison à Lens, ma commune d'origine.
    Étonnamment ce ne sont point mes mémoires réelles qui servirent de décor mais celles des images sépia de l'époque. Il y avait trop de goudron et de crépi dans ma mémoire pour qu'elle ne fût point anachronique. Mais si mes images sont brunies et marquées d'empreintes multiples et inconnues ça reste néanmoins un voyage généalogique, une investigation darwinienne.
    Son récit est époustouflant d'efficacité. Et toujours cette impardonnable façon de nous conter une tragédie avec la légèreté qu'on emploierait à décrire l'avènement du printemps. Avec ces mots d'une simplicité si déroutante qu'ils nous prennent droit aux tripes. Ramuz sait s'adresser à ce petit enfant qui est en nous. C'est lui qu'il va caresser et mordre. Mais toujours avec la tendresse et le détachement des choses ordinaires. Puisque finalement en parlant d'un aspect de la vie, on ne fait non plus rien d'autre que de parler de la vie.


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  • En voilà bien un qui pourrait tout à fait se passer de ma publicité. Il se trouve déjà certainement en tête des ventes. Par contre je suis convaincu que l'effet boomerang de ce post me sera très profitable. Déjà par le titre de son album qui décevra nombre d'internautes qui atterriront ici où l'explosion du compteur gonflera un ego qui sait se nourrir de la moindre illusion. Ensuite par la rencontre que ceci provoquera avec l'auteur, qui doucement flatté par mon intelligent commentaire, souhaitera me loger dans sa villa de la riviera où je coulerai des jours légers et gainés de tous ces gens si bien, si spirituels, si beaux, si... VIP et qui parsèment en toute logique son quotidien d'auteur trop trop bien.

    Comme je serai happy alors.

    Ainsi ce dernier d'ores et déjà succès parle de sexe. Et de fort belle manière. On y retrouve avec bonheur le graphisme de Zep et même seul on peine régulièrement à réprimer de sonores éclats de rire (pourquoi le faire d'ailleurs ? Ah mais oui ça parle de cul. Shht.). Ce qui me rappelle combien, en ce temps où moins seul je m'esclaffais sur Titeuf, j'ai pu excéder ma compagne. Et pourquoi ça l'agaçait tant ? Sentiment d'exclusion ? Humour typiquement masculin ? Voire un machisme dissimulé sous l'aspect innocent d'une blonde houpette ?

    Si bien qu'il m'a fallu feuilleter à nouveau cet album pour tenter de déterminer les causes de mes rires. Sans doute y a-t-il un brin de voyeurisme mais surtout il y a le dessin de Zep et le grotesque des situations. Ce sont donc bien les malheurs qui frappent les personnages et leurs expressions qui ont l'heur de m'amuser. Recette identique que pour les albums de Titeuf. Mais quant à savoir si ces éléments font autant mouche auprès de la gent féminine, je suis malheureusement trop incomplet pour y répondre.


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  • Voilà un auteur dont j'ai lu tous les ouvrages publiés. J'allais écrire publications mais ça aurait été abusif. Il participe à plusieurs blogs, , dont le sien, , à un site littéraire, ici, et je crois qu'il a contribué à en tout cas un livre d'art, sans parler des articles de journaux. Bref, Alain est un écrivain quadruplé d'un mari, d'un père, d'un prof et sans doute de plein d'autres choses que j'ignore et qui ne nous regardent pas. Quoi qu'il en soit, pour ce qui est de ce qu'il a publié aux éditions de l'Aire, je crois en être au fait.

    La leçon de choses en un jour est son avant-dernier roman et celui qui initie une série d'auto-fictions qui concentrent en une journée les moments fondamentaux d'un à peu près septennat. Avec ce titre c'est donc dans son enfance que nous plongeons. Une enfance qui n'est pas retranscrite à travers son seul regard d'enfant mais augmentée, sans complaisance ni jugement, des éclairages de la maturité. Ce qui lui confère à la fois humour et profondeur. On y voit son précoce amour des livres dans une ruralité qui ne lui accorde pas de place, la pesanteur d'un catholicisme sous lequel agonisent les dernières superstitions animistes, les premières spéculations d'un pays qui après des millénaires de pain de seigle goûte au pain blanc, la femme, le racisme, les stratégies disciplinaires affectives d'une vieille enseignante perturbée par l'avènement de la mixité, et j'en oublie.

    En plus de rire souvent devant la candeur et les tâtonnements maladroits d'un ego face au monde, Alain m'a ramené dans ma propre enfance. Si une quinzaine d'années nous séparent, nos parents sont de la même génération. Ils portent cette même terreur de la différence, de tout ce qui dépasse ; ce même attachement à la terre et aux traditions ; le sceau de la même pierre ; le ravalement de la même eau ; la brûlure du même soleil.

    Le retour qu'il s'est imposé, cette percée dans les souvenirs m'ont rejeté dans les miens. Et bien davantage que cela, ils les ont mis en lumière. La leçon de choses en un jour m'a apporté par rapport à ce canton du Valais et ses principes une absolution que je n'attendais plus et dont j'ignorais même avoir besoin.


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  • Le journal de Ramuz au chevet de mon sommeil et l'envie de vous livrer ce texte du 19 juillet 1897. Il n'avait publié encore aucun roman. En fait ce salopard (c'est purement admiratif et affectueux mais je précise quand même tant je connais le contemporain goût du scandale.) n'avait que 19 ans quand il écrivait ça ; texte dominical par excellence et d'un panthéisme d'une modernité sans âge. C'est un peu long mais je me charge de le taper, vous n'aurez qu'à le lire :-).

    C'est toi âme universelle, inconnue au profane, c'est toi que j'adore. Je t'ignorais aussi et tu me fus révélée par miracle. Alors mon passé d'erreur m'est apparu plus sombre et j'ai regretté le temps perdu à errer misérablement loin de toi dans les ronces au flanc des abîmes.
    Le soir tombait comme une tunique de deuil sur la chair rosée de l'horizon et j'allais méditant sur la faiblesse humaine, sur l'ignorance originelle de l'homme et je voyais se dresser autour de moi, comme un mur de ténèbres, le mystère de l'insondé. Je relevai la tête. Le décor était changé. La nuit était venue, les étoiles remontaient une à une à la surface bleue de l'éther. Et soudain, brutalement, la pensée me vint que cet univers capricieux et changeant n'était qu'une création de mon esprit, mobile comme lui, que c'était moi qui créais ces couchers de soleil et ces nuits étoilées. Et la vérité me baisa au front. Et je compris que mon âme mesure toute-puissante n'était qu'une de tes incarnations, Grande Âme Universelle. Je compris que la matière n'est qu'une chimère, qu'un mirage que l'âme évoque sans s'en douter et presque malgré elle et dès lors je me sentis libre et je me sentis heureux.
    L'Âme Universelle est infinie. Elle exista toujours elle existera toujours. Elle peut tout, car elle est unique et tout ce qui existe en dehors d'elle est issu d'elle. Parfois dans le sommeil dont nous sommes enveloppés un coin du ciel bleu se découvre. Alors à nos yeux ravis se montre un monde inconnu où tout est immatériel où rien n'est que le rêve, un monde sans contour ; comme flottant dans le brouillard. Et nos âmes alors, incarnations de la Grande Âme Universelle prennent soudain un courage nouveau à voir ce phare d'espérance briller au ciel de leur enfer.
    C'est mon seul esprit qui donne aux êtres qui m'entourent cette forme charnelle, qui blottit les âmes dans une matière irréelle. Alors l'âme se sent emprisonnée, elle ne peut se servir de ses ailes et elle se méconnaît elle-même et l'homme, incertain, s'en va, en aveugle trébuchant aux cailloux.
    Or l'erreur est à ce point ancrée dans nos âmes que la vérité nous semble le mensonge. L'erreur est éternelle. Qu'importe. Liés par ses chaînes, obligés de part ta volonté, Âme Universelle, d'obéir à ses lois, subissons sans nous plaindre le joug qu'elle nous impose. Nous savons que tout est faux autour de nous que tout est illusion, mais connaissant la source de tout et sachant quelle est notre nature, nous nous rions des nécessités de notre existence apparente.
    La Grande Âme a voulu faire passer ses incarnations par tous les degrés de la nature humaine. Plongés au plus profond de l'abîme nous remontons peu à peu par degrés successifs jusqu'au sommet étincelant, jusqu'à rentrer pour toujours au sein bienfaisant de notre Mère où tout est délices et joies. La mort n'est que l'ascension bénie d'un des échelons de la grande échelle que nous gravissons péniblement. Et l'Âme féconde, toujours créatrice, ne s'épuisera jamais. Toujours de nouvelles âmes sortiront de ses flancs et toujours les âmes anciennes, ayant souffert et ayant lutté rentreront dans son sein. Et c'est un spectacle magnifique que cette ascension lente vers ce but de lumière où tendent tous les efforts d'où nous sommes issus.
    Grande Âme Universelle sois bénie. Tu t'es révélée à moi et, depuis ce jour, je me sens heureux. Je sens que la vie a une raison d'être, qu'il est bon d'accomplir sa tâche au jour le jour, de peiner, pour mériter un jour le sort sublime auquel sa Volonté nous destine. C'est par ce beau soir de Juillet alors que mon âme comme tant d'autres torturée par l'incertitude se révoltait et saignait, c'est par cette belle nuit d'étoiles que tu m'as parlé et que j'y ai cru.


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  • C'est en arrivant au terme du roman que je me suis rendu compte qu'en fait je l'avais déjà lu. Ca c'était bien la première fois que ça m'arrivait. En plus je l'avais lu dans le même lieu. Donc exactement le même bouquin. Un bouquin qui se trouvait dans la maigre bibliothèque d'une cabane de montagne (la cinquième ?) appartenant à un collectif de descendants d'un de mes aïeux. Nous devons être plusieurs milliers aujourd'hui. A avoir souscrit une action je l'ignore. Mais là n'est pas le sujet.

    Donc ce n'est pratiquement qu'aux derniers chapitres que je me suis aperçu que je connaissais, et jusqu'aux détails, cette histoire stockée sur une étagère poussiéreuse de mon musée ; dans l'arrière salle des objets indéterminés. Non que ce livre soit inclassable. Bien au contraire. Mais il n'est pas caractéristique. Pas parce qu'il mélange les genres. Même si c'est vrai. Je crois que ce qui rend Coelho finalement plat (con pour une montagne... mais pas de quoi en faire un plat me direz-vous...) c'est son surcroît de réduction. Ses histoires sont un prétexte à une simplification outrageuse des lois universelles. Ce qui en fait presque des récits mythologiques. Une tentative rassurante d'explication des interactions métaphysiques.
    Ce que j'admirais chez Ramuz c'est cette façon simple de signifier la complexité des tenants et aboutissants. Coelho procède à l'inverse ; il fait un roman (pas très compliqué mais soudain très long) d'une réponse simple et imparable. Il n'y a pas de confrontation, pas d'opposition. Tout coule dans le même sens et sert une seule idée. Tout à fait pertinente d'ailleurs mais elle ne suffit pas à une oeuvre d'art. Pour moi l'art aboutit en point d'interrogation. Il chemine en conjectures, découvrant un peu plus les contrastes d'une vérité sans prétendre en couvrir la complexité.

    Ce qui ne retire pas à Coelho sa légitimité d'écrivain. Un large public y trouve son compte. Mais si notre monde dépasse 2012, je serais surpris que son oeuvre survive de beaucoup à son auteur. Il sera déjà devenu très riche. Ce qui est déjà une vérité.


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