• Jour III (2)

    Chaque jour durant la pause de midi, la possibilité nous est offerte de rencontrer l'enseignant en particulier. Il suffit pour cela de s'inscrire sur un tableau accroché au mur du réfectoire. Les premiers jours je me suis demandé si je voulais le faire. Mais je n'avais aucune idée de ce que j'aurais bien pu lui demander. Tromper la routine ? Je savais que mes possibles questions trouveraient leur réponse à la conférence du soir. De plus l'enseignant parlait exclusivement anglais et le mien, uniquement scolaire, me permet tout juste de draguer un peu en vacances.
    Une chose qui m'agaçait et qui m'a toujours agacée en toutes circonstances c'est l'absurde menace de maux à venir. Là, c'était la pression qui transpirait à chaque conférence sur le fait de ne pas quitter le cours avant le terme des dix jours. La condition est d'ailleurs stipulée sur le formulaire d'inscription. Je veux bien admettre que pour un déroulement optimal du processus il soit préférable de vivre la démarche dans son intégralité mais pour moi cela restait de l'ordre de la préférence. Or de bien des discours émanaient des effluves de culpabilité du genre : il serait très préjudiciable voire dangereux pour tout apprenti méditant de raccourcir son séjour, de ne pas dépasser les premières difficultés, etc. Sans qu'aucun argument ne soit amené à ces sentences. Mon sang ne faisait qu'un tour et le procédé tout en me révoltant me rejetait dans les confessionnaux de mon enfance où le péché était toujours plus obsédant que son pardon.
    De fait il était des apprenants dont la pratique paraissait provoquer de lourdes angoisses. A chaque fois leur nom figura sur le panneau des rendez-vous. (Ce qui peut-être aussi contribua à me dissuader de déposer le mien.) Il y en a un qui s'en alla le matin du quatrième jour. Les trois premiers jours semblaient déjà une torture. On le sentait complètement insécurisé, en proie à des fantômes personnels, égaré comme un enfant qui aurait perdu sa maman. Et au fil des jours, outre sa pâleur qui augmentait, son regard qui quémandait des points d'accroche, il paraissait régresser, ressemblait toujours davantage à un gosse vulnérable qu'à cet adulte déterminé qu'il présentait à son arrivée. Il est parti en tempête, valise à peine close et les yeux sur la pierre du sol. Cela m'avait attristé. J'imaginais bien que son niveau d'estime de soi flirtait avec le zéro. Il n'était sûrement pas venu pour partir après trois jours. Et à cet inévitable sentiment d'échec s'ajoutait encore la culpabilité, si ce n'est la peur, persiflée au détour des discours.


  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Août à 10:24

    In fact, these are students whose practice seemed to cause a strong alarm. http://puressay.com/blog/page/6 Whenever their names are calculated on the panel assignments.

     

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