• Nue sous le regard des foules qui se dispersent
    au fond des brasiers anonymes
    - soeur des épis de lune et des cafards crevés -
    nue sous la caresse de toute présomption
    que l'on rejettera peut-être un jour
    un jour pareil à la fin d'un été d'un prodige
    nue sous le piétinement de ces mêmes foules
    sous la brûlure de ce même feu
    sous l'étreinte indésirée
    - soeur des sources perdues
    des fossiles marins
    des scorpions -
    nue dans un creux de roche invisible d'ici
    soeur des longs serpents de phosphore
    dans la nuit ou dans un simple détail
    nue parmi d'autres créatures parfaites.

    Vital Bender

    Jacques Tornay continue sur le site d'Alain Bagnoud son hommage à Vital.
    Pour ceux qui n'auraient pas lu le début. Il est i1i et i2i.

     


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  • Bastien Fournier, l'auteur de "Sur un pont par grand vent" ne sait comment tromper sa fébrilité croissante face au décompte décroissant des jours qui nous séparent de la première. Il publie donc sur le site Valais-Mag son décompte rendu de l'avancée des choses.

    Ce qui évidemment nous autres, nous amuse beaucoup.

    Je signale en outre un deuxième teaser - terme que je viens d'apprendre ces jours-ci et que j'espère avoir orthographié correctement - toujours de Christelle Magarotto. Et cette fois-ci et si vous êtes concentrés, vous pourrez même voir nos gueules.


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  • Il apparaît que des trois deuils que j'ai décomptés, ce soit le seul qui non seulement rapporte à soi face à soi mais aussi et surtout, à soi face à l'autre dimension.
    Je la singularise car il me semble que ce soit la seule dimension majeure qui nous concerne. Il y en a des mineures comme l'imagination, le rêve, le subconscient, l'inconscient... mais qui sont toutes liées à notre existence. Alors que cette dimension majeure touche à cette absence qui accompagne notre présence dès notre apparition au monde. Le revers de la médaille. La mort au-delà de tout ce qu'on y rattache - qui bien souvent est davantage lié aux dimensions mineures qu'à la seule nécessaire - , simple et nue, dans toute sa splendeur et sa noirceur, qui nous hante et que nous nions frénétiquement depuis notre origine.

    Ainsi il se trouve que le décès de quelqu'un qui nous a été suffisamment proche pour que son départ de notre vie soit notable nous confronte à la mort, à la fin du corps, à son expulsion du je(u), à la potentielle cessation du moi. Car bien sûr, si notre société occidentale s'est très bien organisée pour déplacer les mourants concrets vers sa marge, apparentant - entre autres par le gavage télévisuel - une mort bien qu'omniprésente à une abstraction, celle-ci n'en est pas moins réelle. Et l'impact de cette réalité dans un cadre si bien poli prend aujourd'hui sa vraie "dimension". Une dimension que nous pouvons pénétrer à la proportion du lien que nous entretenions avec le défunt. Donc évidemment la force de pénétration est essentiellement tributaire de la capacité d'empathie du sujet.

    Cette personne que nous aimions et qui est passée de la palpitation à la putréfaction, de l'être au non-être nous force à appréhender la mort, à nous y baigner, à la méditer, sans quoi il est impossible de faire vivre à l'intérieur ce qui vivait à l'extérieur. Nous devons tendre l'oreille au silence. Nous devons ouvrir la porte au vide. Pour que ceux-ci se substituent au regret et au manque, à la souffrance et à la mémoire. Par un échange alchimique, l'amour que nous avons pu porter à un défunt nous offre l'accès à la mort et réciproquement celle-ci nous rapproche de l'amour, car il le nettoie et le purifie, le lave au fur et à mesure de ses caractérisitiques humaines pour laisser sa vérité inconditionnelle apparaître.

    Ces morts qui peuplent nos ombres sont autant de lumières. Ils s'amalgament peu à peu à la mort elle-même et nous l'apprivoisent.
    Par ce fantastique paradoxe ils - elle et eux - nous accompagnent sur le chemin de la vie et lui donnent à la fois relief, légèreté et relativité. Tout comme une mort refusée porte leurs contraires : peur, jugement et division.


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  • Nous travaillons en ce moment sur la prochaine création de la Cie Mladha : Sur un pont par grand vent de l'écrivain et dramaturge valaisan Bastien Fournier.

    Christelle Magarotto en a fait une bande annonce plus que sexy à laquelle je vous convie.

    Cela se jouera (comme vous pouvez le lire sur le flyer reproduit plus haut) aux Halles de Sierre du 4 au 7 mars.

    Venez-y donc !

    Nondidiou !


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  • Il y a peu cette présence ancrée dans le présent.
    Un glissement. Un souffle. Une poussière. Un rien. Un infime grippage et tout bascule. Une routine à laquelle la faille n'était pas envisagée est interrompue. D'un jour à un lendemain. Une unique minute pour que ce présent s'inscrive dans le passé. Définitivement.

    La mémoire est composée des échantillons de tous nos deuils.

    Il y a les irrémédiables. Ceux aux souvenirs sans suite. Et qui pourtant nous habitent.
    Dans une dimension sans forme les êtres disparus nous hantent de la transformation dont ils furent la cause. Nous ne sommes et ne serons plus jamais ceux qu'ils ont connus. D'une présence uniquement physique ils se sont dilués dans le continuum intemporel. De la lumière, ils ont glissé dans l'ombre. Et le royaume des ombres n'est autre que la nôtre. Ils sont passés d'une existence épisodique et intense à un accompagnement perpétuel et diffus.

    Il y a aussi les contrariants. Ceux qui ne sont pas dus à l'interruption brusque de la faucheuse mais dont la cause est l'éloignement volontaire ou regretté. Là aussi nous ne serons plus jamais les mêmes mais leur présence dans notre ombre est étrangère. Ils ne sont pas aussi accomodants que les irrémédiables puisqu'ils ne sont pas du royaume des ombres, ils continuent de vivre dans un ailleurs qui est encore de notre forme. L'insistance de leur présence n'est pas maléable. Il est impossible d'en faire des alliés et à notre mémoire s'oppose la leur, encore vivante, encore en transformation, et qui nous échappe.

    Il y a encore les indéfinis. Ceux qui naissent de leur irréalité ; qui ne viennent pas du passé, d'un vécu mais justement de leur inexistence ; qui n'ont pas d'autre consistance que celle d'un regret ou même pas. Juste d'un potentiel inachevé, d'une promesse, d'un possible mais qui n'a pas été et ne sera sans doute jamais. Ce deuil n'est pas seulement celui d'une audace avortée ou d'une occasion manquée. Il est celui de la vie, des choses qui se resserrent dans le présent et qui comme dans un sablier ne peuvent, dans le goulot rétréci de son mitan, passer que grain à grain.


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