• Henry Bauchau : Antigone

    Happé dans les nimbes à Athènes, Oedipe n'est plus.
    C'est là, face à la mer que nous retrouvons Antigone. Orpheline devant l'immensité de l'étendue aquatique, de sa vie soudain sans but. Il y a si peu de temps qu'elle était entièrement tendue vers ceux de son père.
    Et c'est là qu'elle décide son retour à Thèbes. Derrière ces hautes et riches murailles que se disputent ses deux frères. En quête d'une nouvelle action qui permettrait l'expression de son dévouement ? En fuite d'une prise en charge de sa propre indépendance ? En tout cas en caressant le naïf espoir d'empêcher la lutte fratricide de Polynice et d'Etéocle. En tout cas dans l'impossibilité de faire autrement que de tenter de détourner l'inéluctable.
    Ainsi il y a quelque chose d'essentiellement christique dans le destin saisi, interprété et magnifié par Bauchau :
    Son refus du conflit à tout prix. Et ce malgré une disposition naturelle aux arts de la guerre.
    Son indifférence au luxe et son engagement en faveur des démunis et des parias qui ira jusqu'à la réduire - à nouveau, puisqu'elle l'avait déjà fait pour son père - à la mendicité. Et ce malgré son statut royal.
    Son incapacité contextuelle à devenir mère. Et ce malgré ses amours sincères et son désir profond.
    Jusqu'à son sacrifice ultime qu'elle considère plus à même à empêcher une nouvelle effusion de sang, plus conforme à ses convictions intimes. Dans le sens de cette intimité toute féminine. Cette intimité cachée, contenue au sein même de l'organisme. Au lieu même du miracle de la gestation, de la naissance et de la vie.

    Et c'est cette vertu de vie qu'elle proclame, qu'elle hurle dans ce monde mâle de la mythologie, ce monde aux moeurs masculines, aux valeurs guerrières. Car qu'opposer d'autre que son cri à l'aveuglement caractéristique de l'orgueil et des ego des hommes ? Et que nous reste-t-il aujourd'hui à nous dans un monde où en fin de compte ce sont toujours et encore ce même fonctionnement et ces même contre-valeurs qui dominent ?


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 26 Février 2010 à 12:26
    Trilogie
    J'ai adoré ! Je me suis fait offrir le coffret pour Noël. As-tu lu Diotime et les lions ?
    2
    Samedi 27 Février 2010 à 11:23
    Pas encore
    Il le faudrait ?
    3
    Mardi 2 Mars 2010 à 08:27
    Absolument
    c'est un des deux autres ouvrages de cette trilogie. Un tout petit livre mais un pouvoir d'évocation et une violence exaltante (oui, j'ai bien écrit violence exaltante...)
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