Une main - est-ce la tienne ? - a essuyé la vitre.
Le chat ronronne (il n'y a plus de buée).
Je vois à nouveau mon reflet et je puis enfin me taire.
Quelqu'un d'autre plus tard parlera à ma place
quelqu'un d'autre demain se suicidera à ma place
quelqu'un d'autre à l'autre bout du monde
t'aimera à ma place.
Quelqu'un a piétiné des fleurs dans un champ voisin et nous n'en avons rien su.
Quelqu'un s'est pendu dans un arbre proche tandis que nous faisions l'amour.
Depuis combien de saisons n'avons-nous plus fait l'amour ?
Depuis combien de vies ?
Quelqu'un a accroché son chapeau à un clou.
Quelqu'un a jeté sa mainson dans une poubelle.
Quelqu'un a fui son rêve et son rêve l'a rejoint.
Je dors au fond d'un nid d'araignées velues
depuis que tu as franchi ces mers (combien de mers ?)
ces caps ces ciels ces distances qui n'abolissent rien
qui se mesurent en mots radiés de la liste des joies pures
et des tendresses nouvelles.
Qu'ai-je encore à te chercher la nuit et même en plein jour
et même en plein été
dans ce chaos d'étoiles
dans ces prismes éclatés ?
Te chercher quand il faudrait courir
courir jusqu'au bout de la nuit
jusqu'au bout du temps
Jusqu'au bout du rêve et de la raison...
Vital Bender