Le cauchemar prit fin au moment où la foudre transperça ton corps moite.
La nuit se craquelait déjà
virait au rouge
pour m'emprisonner davantage.
Une main secoua le berceau vide.
Une négresse frappa à la porte.
Un train fantôme traversa le mur en sifflant.
Je haletais comme un asthmatique
au fond d'un jardin de buées.
Tu t'éveillas en sursaut
transparente et nue
plus lointaine qu'une île
plus forte qu'un cyclone.
Tu te mis à rire en refaisant tes tresses.
Je n'existais plus.
La négresse insistait.
La porte finit par se fendre.
Il n'y avait personne.
La lune était pâle.
Le berceau grinçait doucement.
Qui vint alors ?
Car on entendait des pas
derrière la porte close.
J'étais au supplice.
Il neigeait.
La lune et mon rêve se confondaient encore
dans une confusion tintante.
Nous n'existions plus.
Puis je t'ai entendue sourire
dans la pénombre
où il n'y avait peut-être aussi des visages
des bleuissements de seins
des oiseaux captifs
des candélabres disloqués.
Tout était blanc.
J'ai fait ce qu'il fallait faire :
je me suis rendormi sans toi.
Tu as poursuivi ta route
traversé le cimetière
dévalé la pente
jusqu'à la saison nouvelle.
Le berceau est toujours vide.
La lune...
La négresse a un grain de beauté sur la fesse gauche.
Le jardin est à l'abandon.
Qu'es-tu devenue ?
Les mimosas et les herbes folles...
Le banc vieux.
La négresse a des seins pubescents.
Le cauchemar recommence chaque matin.
Vital Bender