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symbole

C'était il y a deux jours. Je rentrais tard et une fois la voiture garée coupai le contact. Il n'y avait pas un souffle d'air. Et c'est dans l'apnée de cette nuit, dans ces moments où on croirait que la vie s'est absentée tant elle écoute, que je me suis souvenu de l'olivier de papa.

C'était un olivier nain que j'avais ramené d'Avignon spécialement pour lui. Il venait de tomber malade et dans ma naïveté j'y voyais tout une symbolique. L'olivier du jardin des oliviers. L'olivier arbre de vie. Ça serait le sien et il l'accompagnerait dans son combat. L'arbre de sa vie, rapporté par son fils en guise d'infaillible thérapie. Je le lui avais tendu tout fier et tout sourire en disant : "Tu vois c'est un olivier. L'arbre du Christ par excellence..." Il a considéré le présent à distance, dubitatif. Encore une bizarrerie. Mais l'attention l'avait touché et peut-être même, qu'étant donné la situation déjà critique, lui avait-elle, au même titre que n'importe quel traitement, éveillé quelque espoir.

Et en matière de témoignage, cet olivier a été d'une redoutable justesse. Si les miracles n'étaient pas dans ses compétences il n'a pas dérogé au rôle que je lui avais attribué. Dès les premiers jours il a commencé à sécher. Nous avons tout essayé. Intérieur. Extérieur. Engrais. Vitamines. Son état ne cessait de se détériorer. Et nous, nous le regardions, consternés et terriblement embarrassés. Comme davantage concernés par l'état du végétal que par celui de mon père dont la rémission semblait devoir dépendre. Rien n'y fut, il fut bientôt irrémédiablement mort. Et cette mort nous a hantés jusqu'au décès de papa dont elle avait été la prophétie. Quoique nous l'ayons niée de toutes nos forces.

Mais dans la paix presque apocalyptique de cette nuit, dans cet instant où mort et vie se confondaient, je l'ai revu cet olivier. Il était bien plus grand et bien plus vigoureux que jamais ici il n'aurait pu. Et dans mon coeur, entre les palpables amour et joie de mon papa, ces mots uniques :

"Tu vois fiston, il est là ton olivier... Et bien en vie."

 

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