Il y a bien des années j'ai participé à un journal de poésie qui s'intitulait l'Ablate.
C'est là que j'ai fait la connaissance physique de Vital Bender. Physique parce que j'avais déjà lu un de ses livres auparavant "Le deuil du hibou". J'avais eu de la peine à pénétrer cet univers alors. Trop avide de fond pour être sensible de forme. Trop intéressé lecteur pour savoir m'intéresser vraiment.
Il vivait alors en solitaire au milieu des vergers de Charrat près de Martigny, écrivant les mois d'hiver et cultivant fruits et légumes les mois d'été quand il ne perfectionnait pas sa dextérité de grimpeur sur quelque falaise environnante.
La dernière fois que je l'ai vu, c'était chez un ami du journal. Il ne paraissait pas investi du plus bel optimisme, nous annonça sa volonté de se retirer des lettres, manifestement usé. Il nous parla de son recueil de poèmes "Demain avant de naître" et de son roman "La sève du temps" qu'il devait pour la première fois publier à compte d'auteur. Il y a laissé ses économies.
Ce n'est qu'à son enterrement que nous nous revîmes tous.
Sans grande illusion j'ai cherché son visage sur google. J'espère que le tatoo-Bender lui fera plaisir. Aussi difficile à trouver dans le monde d'internet que sur papier, j'ai décidé de recopier, ici, petit à petit, son "Demain avant de naître". Je trouve sa poésie si puissante et belle, si profonde et riche, qu'il est franchement con qu'elle soit si peu accessible.
Bonne lecture :