Chaque fois que je vais à Genève, je dors chez une amie magnifique qui a la générosité de me dépanner en ces périodes d'absolue pénurie.
On a installé une mousse dans la chambre de son fils de neuf ans sous sa mezzanine.
L'autre soir en rentrant, je découvre un petit mot sur la porte : "Vous serez trois cette nuit. Prends garde de ne pas te tromper de couche."
Il y avait effectivement un deuxième enfant endormi sur une nouveau lit improvisé et placé à côté du mien. L'espace devenait bien étroit mais je dois avouer que j'adore. Autant cette situation me déprimait les premiers temps, autant je trouve jubilatoire de me retrouver ainsi posé dans l'éphémère et l'incertain.
Mais il se trouve que si, les nuits précédentes, j'avais déjà pu constater les rêves sonores et brouillés du propriétaire des lieux, j'ai pu cette fois-ci remarquer les réponses chantées du nouveau pensionnaire.
N'ai pu m'empêcher de tirer un parallèle douteux entre notre situation et celle des opprimés de la terre. La plèbe serrée sur le sol à chantonner et le pouvoir les dominant occupé à vociférer.
Les propriétaires écrasent et les esclaves... inventent le jazz.