• Un dernier pour la route

    Parfois des chansons qu'on entend tous les jours et qui passent sans qu'on veuille les affubler d'un particulier s'imposent tout à coup différemment. Elles se trouvent l'ornement d'une paire de guillemets.
    Un fond qu'on trouvait insistant nous voyage soudain l'émotion. Une mélodie écoeurante comme des céréales au vin blanc nous surprend en accompagnement, le menton frondeur et un collier de dents dégagé de leurs lèvres. Pire même : avec l'idée que les infranchissables montagnes de la vie ont l'aspect d'inoffensives collines.

    Ou plutôt il est des jours où on a laissé son costume de chair au pied du lit. Où on a l'âme à vif. Où pas plus tard que trop tard on a laissé notre résistance en miettes sur la moquette. La mienne je l'ai laissée sur celle du cinéma où je vis projeté le film cité en titre. La dernière fois qu'un truc pareil m'était arrivé c'était devant Gomorra. Le problème c'est qu'on ne s'en rend pas compte tout de suite. Ça nous travaille en douceur, en toute discrétion. C'est plus tard, avec des comportements comme celui décrit plus haut, qu'on réalise l'ampleur de l'impact.

    Ce film est une merveille de sobriété. Ce qui est le comble du paradoxe pour un film qui parle d'alcoolisme. Le rôle principal est d'éloquente justesse mais ce serait faire préjudice aux autres que de le nommer tant tout le monde sert ses personnages avec finesse.

    J'ai eu une fine trouille dans une des premières scènes quand le héros qui pénétrait dans le centre de désintoxication croisa une jeune fille. Cette scène m'alarma d'une odeur d'eau de rose à venir. Heureusement il n'en fut rien. La jeune fille revint bien mais... shht ne livrons aucun des multiples filons de l'objet.

    Puisque c'est avant tout un film sur la blessure. Sur l'être humain. L'être en vie. Sur les moyens qu'on met en place pour étouffer ce spleen, là, tout au fond. Comme un corps étranger que nous aurions si bien recouvert de "bonne" terre et que nous aurions fini par oublier. Mais qui nous pourrirait de l'intérieur, corromprait cette pourtant si "bonne" terre. Pour qu'elle ne garde du mal qu'une souillure qui aurait perdu son nom.

    Il y a bien les caméras à l'épaule utilisés pour les flash back éthylés qui auraient pu m'impatienter mais pour un film comme celui-là j'aurais passé bien pire.


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  • Commentaires

    1
    Véro
    Mardi 13 Octobre 2009 à 14:44
    Merci
    pour l'info. Ce film (qui est le 1er de Philippe Godeau!) m'intéresse beaucoup. J'espère le voir bientôt. Savais-tu que l'excellent François Cluzet est un ancien alcoolique, sevré depuis 7 ans? Il a bien connu tout cela.
    2
    Mercredi 14 Octobre 2009 à 21:16
    Du tout
    Je n'avais pas cru celui qui me le disait. Croyais qu'il avait fait l'amalgame entre l'auteur du bouquin dont est tiré le film et l'acteur. Donc selon tes affirmations c'est moi qui étais dans l'erreur. Et toi bien sûr je ne peux pas ne pas te croire... A part des comédien et alcoolique c'est pas un pléonasme ?
    3
    Véro TheRetour
    Jeudi 22 Octobre 2009 à 00:39
    erreur-OH-Chessex
    En effet, t'as intérêt d'me croire, d'vin djiou!... ;o) C'est Hervé (l'auteur du bouquin) lui-même qui l'a dit dans un interview. Je pense que t'as oublié un "ça,", mais par rapport à ta proposition de pléonasme, tu es mieux placé que moi pour en parler. Alors?... A propos d'alcoolisme: pas de petit hommage à Chessex sur ton blog?
    4
    Louis
    Dimanche 25 Octobre 2009 à 09:44
    aie...
    et un comédien valaisan, j'ose même pas imaginer...
    5
    Dimanche 25 Octobre 2009 à 10:27
    Chez sex chez moi ?
    Pire qu'oublié un "ça" : pensé un "ça" écrit un "des". L'alcool chez moi c'est cyclique (je ne me permettrai aucune généralisation cantonale ici. Ai suffisamment d'ennemis chez les prophètes depuis que je vis en VD). Dans ma jeunesse folle c'était une fois par semaine. Maintenant comme il me faut au moins une semaine pour m'en remettre si je me lâche, j'espace. Une fois chaque 6 mois à peu près. Mais c'est possible parce que j'ai quitté le VS. Là-bas c'est tout ce qu'on a pour tenir. :-) Faut comprendre. Alors Louis... Votre humour graveleux m'est plutôt douteux. Sinon chezsex figure-toi que du temps de cette dévergondée jeunesse dont j'ai fait état plus tôt nous l'avions interviewé avec quelques collègues de classe avec qui nous étudions la littérature romande. Après ses années de débauchée jeunesse (Faut comprendre, en VD c'est tout ce qu'ils ont.) il avait banni l'alcool de son caractère suffisamment atrabilaire sans ça.
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    6
    Véro
    Lundi 26 Octobre 2009 à 17:01
    Voui,
    voilà, c'est bien ce qu'il me semblait (pensant que tu ne puisses pas avoir oublié des "s"). Peut-être l'effet de l'abricotine, à 21h16. Et, eee, si je puis m'permettre, Môsieur, ya un "z" qui n'a pas sa place dans "Che.sex"... Hum... voilà. Bien. Ceci dit, oui, il était connu pour être abstinent depuis une vingtaine d'années, et tu l'as probablement interviewé dans ses 1ères années de sevrage (ça t'rajeunit pas, bon sang). < Tsss, il frime parce qu'il a appris "atrabilaire" grâce au Misanthrope...> Et en ce qui concerne cette dernière affirmation sur Cheçsex, est-ce un compliment ou une critique nég?
    7
    Lundi 26 Octobre 2009 à 21:45
    Beuh
    Ni l'un ni l'autre. Je m'en fouts en fait. Il fait ce qu'il veut. Mais je trouve quand même une belle sortie que de mourir comme ça après avoir shampouiné un peu la sagesse : frapper un dernier coup revendicateur et sonore sur sa table de conférencier et en plus avec la tête avant de s'écrouler dans l'au-delà ! Cela dit et comme je l'ai déjà dit. Donc en me répétant, je trouve moins dangereux le vin d'ici que l'au-delà. Et j'espère pour lui que l'au-delà n'a pas un goût d'une amertume à lui faire regretter le vin d'ici. A part ça mon meilleur ami d'adolescence est mort d'alcoolisme. C'est d'une tristesse à faire perdre les fragiles repères/repaires qu'on se bâtit face au gd méchant loup.
    8
    Lundi 26 Octobre 2009 à 22:00
    ps
    Du temps de mon arrosée jeunesse je trouvais trop ça bien qu'il ait picolé. Qu'il avait la bagarre accrochée en cravate. Pour moi tout ça conférait à son aura artistique davantage d'éclat. Par contre maintenant que ma mégalomanie écrase tout, je m'intéresse davantage à ce qu'il écrit. J'ai un peu oublié et sans doute mélangé le contenu de ceux, nombreux que j'avais lu avant de le rencontrer. Dernièrement j'avais pris du plaisir avec son nécrophile de Ropraz même si j'avais trouvé tout ça un peu trop chroniqué.
    9
    Katarina
    Vendredi 13 Novembre 2009 à 00:51
    Chanson
    Quelle chanson? "I'm a Pilot" car elle a passé à la radio quand tu rentrais après le film? C'est fou, après avoir vu le film, je me suis d'abord dite que 'I'm a Pilot" n'était pas dans le film, puis je m'en suis presque convaincue.
    10
    Jeudi 19 Novembre 2009 à 00:15
    Presque
    C'était le lendemain matin, en allant bosser. Un alcoolo passe le volant. De sa raison.
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