Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
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Premier papillon de l'année derrière la vitre, reflet du globe lumineux : présage qui m'entrouvre tous les confins. Dans une chambre sans murs, sans fenêtres, un enfant regarde la mer et son émerveillement est pareil à ce reflet, à ce voltigement effaré, à ce signe... Pareil à cette part de nuit claire qui me revient quand j'ai abjuré ce que j'avais à abjurer, quand j'ai accompli ce que j'avais à accomplir, mais je ne sais plus quelle part, mais je ne sais plus quelle nuit et je n'ai jamais rien fait qu'attendre (une créature quelconque, une inspiration incontrôlée, un effet de style, une trombe de soleils dans ma tête, un vieux rêve qui se dresserait soudain entre mes yeux et la mer) et je suis cet enfant, cette lueur, cette chrysalide échouée à l'intérieur du globe lumineux, à l'intérieur du reflet, à l'intérieur de cette vitre striée d'atroces rainures comme si des griffes ou des serres d'oiseau s'étaient acharnées contre elle. Je reprends enfin conscience. Mes doigts saignent. La lune est ronde dans l'embrasure du cette fenêtre dont j'ignorais l'existence.
Vital Bender
Publié par libou à 13:44:40 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Mon amour...
(C'est peut-être la première fois qu'un poème commence par ces mots : mon amour...
c'est peut-être aussi la dernière...)
Il est encore trop tôt.
Les mots sont bien trop friables.
Les mots sont des débris d'écorces
flottant à la surface de nos désirs.
A la surface de nos sentiments refoulés.
Ce paysage a la fièvre.
Je marche à l'aveuglette.
Mon amour... Je marche... Où es-tu ?
Il se peut que tu ne te souviennes de moi qu'à travers cette apparence de ruines de formes de profils sans relief.
Il se peut que je ne me souvienne de toi qu'à travers l'oscillation de ton éloignement.
Il se peut...
Mais la parole n'est qu'une reproduction d'organes à vif.
Un leurre tendre...
La parole nous cloue à des poteaux de circonstances.
Et tu es là vulnérable éternelle.
J'ai tracé autour de toi ce cercle à l'intérieur duquel je ne puis pénétrer qu'au mépris de ton chant et de ta raison.
Au mépris de ta liberté.
Mon amour...
Mais j'ai déjà trop parlé.
Retour à la parole unie.
La parole avant sa dispersion.
Qui est aussi ce chant.
Mais saison fugace.
Ma liberté.
Mon amour...
Te dire : tu es déjà si loin.
Ou l'écrire seulement...
Entre deux sanglots.
Entre deux cris de joie.
Ou de stupeur.
Entre deux piétinements fous.
Sous la lune ronde.
Au fond d'un puits tari.
Sous le soleil au zénith...
Au fond des choses mortes.
Au fond des cassures.
A l'intersection de tous les rayons éclatés.
Vital Bender
Publié par libou à 23:44:01 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Miroirs brisés.
Plus le souci de vivre.
De compter les heures qui tombent
dans un bol rempli à ras bord
d'eau de vaisselle et de larmes.
Plus le souci de rien :
les étoiles filantes dans leur gangue bleue
les visages derrière leurs barreaux
les souvenirs comme des raclures de vide.
L'offrande insoupçonnée.
Ce corps ou un autre corps.
Les lignes de la main.
Les tarots.
Toutes les partances.
Le coeur qui se craquelle
après les accords factices
les ascenseurs en panne
les accaparements de toutes sortes.
Le coeur qui vole en éclats.
Comme ce miroir.
Comme ces murs glauques.
Comme cette vie.
Moins la raison.
Moins le mépris.
Comme ce matin qui voudrait retourner à la nuit profonde.
Comme des yeux qui se cherchent
au milieu d'une foule hystérique.
Vital Bender
Publié par libou à 17:18:19 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Tout ce bois mort pour rien.
La chaleur se vit dans les tripes.
J'ai l'abdomen fugace
et la langue de bois vert.
Déflagration !
Chapeau de travers.
La vie se mord la queue.
La vie...
J'éternue.
Un souffle attise le brasier.
C'est toute ma vie qui part en fumée.
La sonnerie du téléphone
retentit dans mon encéphale.
Je décroche celui-ci.
Cette voix à l'intérieur de mon crâne
qui me dit : change de vie change
de mort. Ou tue-toi !
Les arbres sont vivants.
Mutation ! mutation !
Qui me reconnaîtra ? qui ?
Les vers de terre sont vivants.
J'ai posé ma tête sur un guéridon.
Je la tourne dans tous les sens.
La lance en l'air.
La rattrape d'une main.
Puis l'autre.
Qui m'aimera encore ? qui ?
Je prends mon crâne à pleines mains
le secoue jusqu'à ce que les yeux en tombent.
Billes de verre.
Billes de feu.
Je suis aveugle.
La matière plastique est-elle vivante ?
Qui me comprendra encore ? qui ?
Je remets ma tête à sa place.
Elle s'ajuste mal.
Tant pis !
J'allume un grand feu
au milieu d'un couloir interne.
Une taupe survient.
La chaleur se vit sous la terre.
Je lui montre ma tête mal emboîtée.
Elle ne se soucie guère de ce qui apparaît en surface.
Sa conscience est ailleurs.
Ailleurs...
Elle fume une pipe d'écume rouge.
Me regarde fixement.
Je remarque qu'elle n'a pas de tête.
Deux petits trous de chaque côté du nombril.
Un autre trou dans la glotte
à l'intérieur duquel elle enfonce sa pipe.
Petite intrusion dans le monde des vivants...
Feu de bois.
Feu de tripes.
Feu !
Qui me surprendra encore ? qui ?
Des bulles d'air chaud courent le long de mon oesophage.
La vie est un bain de mémoire perpétuel.
Au secours ! au secours !
C'est ma raison qui flambe !
Mon passé tombe en ruine.
Je réintègre mon centre rouge.
Je suis vivant.
Vital Bender
Publié par libou à 12:13:37 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Encore une nuit sans fermer l'oeil.
Des mégots partout jusque dans mon lit
jusque dans mon ventre.
Les clopes je ne les fume plus je les avale vivantes comme ces petits vers qui grouillent à l'intérieur de ma pensée.
Il fait déjà jour.
Je lâche un gros pet mystique.
J'aime cette vie.
Cette vie souterraine.
Cette vie transitoire.
Un mouchoir traîne : j'y fais un noeud
pour ne pas oublier de revenir à cette vie si je m'endors.
C'est drôle tous ces mouchoirs pleins de noeuds...
Tous ces noeuds aux fenêtres.
Toutes ces fenêtres qui clignotent tandis que je cherche en vain le sommeil.
J'aime cet instant de la vie qui s'arrête
cet instant hors du temps poisseux et de la raison.
Je me lève pour aller pisser.
Le jour point jusque dans ma culotte.
La chasse d'eau siffle un air de jazz.
Si ma mère était vivante elle me dirait : pourquoi ne dors-tu pas ?
Elle m'imagine encore à l'intérieur de sa bulle.
Ce n'est pas ainsi que je suis venu au monde.
Je suis tombé du ciel au fond d'une cuvette de W-C.
Au fait pourquoi est-ce que je ne dors pas ?
Ai-je trop espéré de la vie ? Trop ?
Trop bandé pour elle ?
Il faut que je jouisse !
Dormir ! il faut que je dorme !
Si ma mère était vivante
elle me prendrait dans ses bras
et me bercerait.
Vital Bender
Publié par libou à 14:30:05 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
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