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Présentation

Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)

C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."

Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.

Que serais-je sans vous ?


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Face nord | 09 mai 2007

Outre ces montagnes de papier et ces rencontres impromptues, le salon du livre se révéla autrement générateur d'émotions intempestives. Dans le cas particulier qui va se dérouler sous vos yeux, disons qu'elles étaient souhaitées. Du moins par les expérimentateurs du projet. Personnellement m'en serais bien passé...

L'Université de Genève tenait pavé dans l'aire des publications. Comme vous l'aurez vu en cliquant sur l'un ou l'autre des deux liens précédents, elle proposait un petit test sur les émotions. C'est peut-être regrettable mais je ne l'ai pas tenté ; après tout il est évident que je suis, pour le meilleur comme pour le pire, un hypersensible : si mes émotions n'ont pas forcément déterminé mes choix, elles en ont chaque fois été à l'origine. Par contre un écran visible de tous projetait en continu des images violentes censées provoquer des réactions émotives. Il y avait notamment une vidéo de happy slamming mettant en scène une adolescente se faisant démonter la face par une joyeuse camarade. Je crois que la violence résidait surtout dans la durée de l'action et l'acharnement qu'y mettait la slammeuse alors que la première était déjà à terre. Ce qui contribuait sans doute aussi à cette montée d'adrénaline était l'immobilisme de ces jambes qui entouraient l'action. Il m'avait semblé qu'une éternité s'était écoulée avant qu'une personne ne fût intervenue. Les autres vidéos n'eurent pas le même impact. Les acteurs des rixes suivantes paraissaient de forces plus égales ou les images étaient plus conformes à ce que les télés nous balancent à longueur des flashs d'info.

Je crains dès lors que la raison du succès de ces passages à tabac réside justement dans cet aspect inquiétant. Il y a une telle banalisation de l'image, de la violence imagée qu'il est de plus en plus difficile de susciter des émotions. Ces happy slamming parviennent encore à soulever quelques vagues dans cette mer d'indifférence. A pallier quelque peu ce défaut d'existence. A soulever un pur sentiment d'injustice. (En ce qui me concerne.)

Comment notre occident embourgeoisé a pu en arriver là ? Le culte de la réussite ? Le conformisme de la légalité ? L'anesthésie des émotions issue de cette surabondance d'images ? L'ennui généralisé ? En tout cas je me réjouis de lire les résultats des recherches sur tout ça. Car il paraît bien que nous sommes tous des malades des émotions et que nous le manifestons au travers de nos dépendances. Avais compulsé en son temps un numéro spécial de Sciences & Vie (n°232) sur la question. Très intéressant. 

Comme vous avez pu le saisir, cette tentative de face nord avait déjà mis en place les difficiles conditions qui furent mon lot sur la paroi sud.

Publié par libou à 15:59:58 dans cot-cot-idien | Commentaires (2) |

Face sud | 08 mai 2007

 

Vendredi. Errance dans les allées aux murs de papier du salon du livre de Genève. Auteurs, titres, volumes, quatrièmes de couverture... jusqu'à la nausée.

Gens en piquets de slalom. Gosses en slalomeurs fous.

Vendredi. Jambes déjà en bâtons de ski, yeux au brouillard quand le bleu glace de l'enfant bleu de Bauchau m'attire dans la béance de sa crevasse. Je le regarde sans le toucher ce dernier livre reçu en guise d'épitaphe amoureuse. L'inévitable visage le l'être aimé dans les brumes de la mémoire et les boyaux stalagmites. "Eh bien c'est pas demain la veille que pourrai lire ce bouquin..." Que me dis. M'extrais tant bien que mal à coups de piolets d'une hypothermie annoncée, quand de derrière cette étagère aux prises rares, et comme sorti du livre lui-même : le visage de l'être aimé. En vrai, l'haleine chaude des oasis au bout du sourire et le petit tonneau des remonte-coeurs autour du cou.

Hallucination réelle. Stupeur de l'archéologue qui aurait découvert Otzi. Articulations en flocons de neige. Et en même temps l'espoir de ces sommets enneigés loin de tout. Loin surtout de cet endroit aux métaphores alpines mais sans eau.

Vendredi. Avalanche de poudreuse de plein fouet jusqu'au fond des narines. Jusqu'au cerveau. Jusqu'aux ventricules.

Mains qui se serrent. Yeux-yeux. Proche-loin au dedans. Puis au dehors ces sentiers qu'il faut continuer d'arpenter mais séparés désormais.  

Vendredi. Rendu à moi-même. Le coeur trop gros pour ma poitrine... et Richard Desjardins en amplitude.

Publié par libou à 13:20:10 dans cot-cot-idien | Commentaires (12) |

Pffff | 07 mai 2007

A quoi bon évincer Le Pen au premier tour si c'est pour quand même retrouver la même conclusion que lors des précédentes élections ??!?!!

 

Publié par libou à 17:28:55 dans Pets dans l'eau | Commentaires (4) |

Les os primés de la chanson | 06 mai 2007

Chaque fois que je vais à Genève, je dors chez une amie magnifique qui a la générosité de me dépanner en ces périodes d'absolue pénurie.

On a installé une mousse dans la chambre de son fils de neuf ans sous sa mezzanine.

L'autre soir en rentrant, je découvre un petit mot sur la porte : "Vous serez trois cette nuit. Prends garde de ne pas te tromper de couche."

Il y avait effectivement un deuxième enfant endormi sur une nouveau lit improvisé et placé à côté du mien. L'espace devenait bien étroit mais je dois avouer que j'adore. Autant cette situation me déprimait les premiers temps, autant je trouve jubilatoire de me retrouver ainsi posé dans l'éphémère et l'incertain.

Mais il se trouve que si, les nuits précédentes, j'avais déjà pu constater les rêves sonores et brouillés du propriétaire des lieux, j'ai pu cette fois-ci remarquer les réponses chantées du nouveau pensionnaire.

N'ai pu m'empêcher de tirer un parallèle douteux entre notre situation et celle des opprimés de la terre. La plèbe serrée sur le sol à chantonner et le pouvoir les dominant occupé à vociférer.  

Les propriétaires écrasent et les esclaves... inventent le jazz.

 

Publié par libou à 01:36:12 dans cot-cot-idien | Commentaires (8) |

Hop là, nous vivons ! | 05 mai 2007

Elle avait débarqué dans le bureau avec l'aplomb que donne une conviction. Et sans hésitation à S. "Faut voir la pièce qu'on joue à La Comédie." Et hop de déposer le fascicule de présentation devant ses yeux.

C'est vrai que l'aplomb d'un être conquis vaut tous les commentaires et, dispositions prises, je décidai de m'y rendre. J'ai toujours une vive curiosité, quand un spectacle plaît, d'essayer d'en déterminer les raisons. De plus les goûts sont très révélateurs d'une personne. Non que cette personne, que d'ailleurs je ne connais pas, ait pu m'intéresser en soi mais les goûts du milieu que je lui prête m'intriguent. Comme ceux de tous les milieux pour être sincère. Il est fascinant de voir ce qui déplace les foules. C'est toujours un bon indicateur des sociétés. Et en voyant ce qui explose le box office aujourd'hui c'est somme toute assez inquiétant non ? (Même si il y a parfois de bonnes surprises.) Tout comme quand on réalise quel candidat récolte la majorité des suffrages... Ca ne surprend pas vraiment mais ça effraie sensiblement. (Même si ça pourrait être pire me direz-vous.)

Position prise dans une salle honorablement remplie d'un public majoritairement supérieur à la quarantaine. (Journée adverbes on dirait.) Bon, nous sommes à La Comédie qui reste quand même le pôle de l'institution théâtrale genevoise. 

Et là, rebelotte ! Tout comme à Bord de mer, ce terrible coup de barre qui m'assaille en traître. Et pas une seule goutte de "Rouge de terre".

La crainte de ne plus résister à aucune pièce, de m'endormir à chaque fois à peine le cul posé, d'avoir le syndrome bedonnant, la mononucléose, l'hypocondrie... Que sais-je... Quand tout à coup en divers points de la salle ces cris du public : "Plus fort !" "On n'entend rien !" "Plus fort !" à quoi le comédien de répondre un peu plus tard par sa réplique écrite : "Schhht pas trop fort !" : Ils fomentaient une sédition. Ca m'a beaucoup fait rire et m'a mis de bonne humeur le temps nécessaire pour que l'histoire m'embarque.

Dispositif impressionnant quand on a de l'argent : treize comédiens, et une cinquantaine de personnes dans le staff technique ! Et c'est vrai que ça donne. Soutien sonore propre et vidéos bien choisies. Tantôt projetées sur le décor, tantôt sur un tulle baissé en avant scène et qui peut constituer de nouveau décor. Ca a de l'effet mais sans que ça soit de l'effet. Y a des moyens mais ils restent au service de l'histoire. Belles inventions de mise en scène et d'éclairage. Je ne me suis pas lassé alors que trop de démonstration peut avoir le propre de m'agacer. C'était bien pesé, réglé comme du papier à musique et en plus bien écrit.

Je craignais un peu un texte trop théorique ce qui a souvent été le cas dans le théâtre militant, davantage au service des arguments que des émotions. Ernst Toller ne s'est pas heurté à cet écueil et faites seulement un tour chez lui, c'est un personnage paradoxal et fascinant. En tout cas ça m'a donné envie de le découvrir. D'autant que le metteur en scène a mêlé à la pièce d'autres textes du monsieur.

Donc, même si je pense que ce spectacle peut toucher un public plus large que celui présent, mes goûts rentrent dans ceux de cette personne et si je l'associe à son milieu supposé, je devrais être un intello... Ouais... On va y réfléchir.

Publié par libou à 20:07:04 dans puits à coq | Commentaires (0) |

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