• Ça y est. Ça sent la fin ; le retour à la vie. Enfin à l'autre vie. Celle mêlée de vies. Celle qui n'est plus uniquement dépendante des éléments naturels. Celle qui exige une participation active de notre part. Celle qui ne se contente pas d'un regard extérieur et contemplatif. Celle où un rôle doit être tenu, est attendu. Celle où les conséquences débordent de notre seule bulle.
    Rêves cette nuit de ces choses que j'étais venu oublier mais dont le témoin est resté éveillé, là dans ce fleuve, dans ce lac au-delà de cette source où je suis venu boire.
    Il s'agira d'en conserver la pureté le plus longtemps possible.
    Peut-être qu'en la choyant il est possible de la rendre plus abondante que toute l'eau des mers...
    Pour l'instant c'est l'inverse qui s'est produit.

    Le ciel paraît dégagé. Les articulations des genoux signalent la sollicitude à laquelle elles sont soumises par une inflammation engourdie.
    Je me dis que ça s'atténuera dans l'effort. En attendant le Mt-Bonvin encore trop enneigé, je suis irrésistiblement poussé vers le Schwarzhorn. Le sommet n'est pas moins haut mais comme je prétends y accéder par les chemins balisés je me dis que ça ira.
    La neige est encore bien abondante les 500 derniers mètres de dénivellation et mes chaussettes sont trempes avant le col quelque 100 mètres au-dessous du sommet. Le col redescend sur la Lämmerenhütte au-dessus de Loèche-les-Bains. A mon portable il est 13h et la cabane est indiquée à 1h30. Si je ne traîne pas, je serai de retour pour 20h au plus tard. Je ne résiste pas à l'idée d'un café et me lance.


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  • Comme je n'arrivais pas à me motiver pour partir, j'ai avalé "La cinquième montagne de Coelho". J'en parlerai dans lité-raclure. Puis vers 16h, le brouillard s'étant bien dissipé et le soleil paraissant rentré de vacances, j'ai enfilé mes chaussures encore humides.
    La balade fut un vrai bonheur. Malgré un sol spongieux et glissant je voltigeais de bonne humeur.
    Les Outanes sont encore bien enneigées et mon campement...
    J'ai d'abord cru qu'on avait dérobé ma tente. Elle était complètement écrasée sous le poids de la neige. N'émergeait qu'une partie indistincte et torve, à la moitié de son développement normal. Ma pelle à terreau trouva enfin une utilité. Métamorphosée en pelle à neige je lui rendis grâce de se trouver dans mon sac. Comme quoi rien n'est désespéré. Il suffit juste de connaître son domaine de prédilection. Tôt ou tard il se révèle.
    Le dégagement a pris du temps. La face sud ployait sous au moins cinquante centimètres. A l'intérieur : miracle ! Si le sol était trempé, mon matelas dégonflé mais étanche isola couverture et sac de couchage. C'était l'essentiel. Les piquets étaient bien maillés. D'une jolie courbe régulière, conséquence d'un office patient mais efficace ; un flocon après l'autre qui se sont donné la main.
    Ma période sous tente est bien terminée. Maintenant que je m'étais habitué aux bruits et à la température...
    Mais à 2500 mètres c'était un risque et c'était super quand même. De plus tout concorda à merveille. Quand la cabane était occupée j'étais sous tente et quand les conditions s'y opposèrent c'était un temps si décourageant que j'ai eu la cabane à mon entière disposition.
    On verra ce que me réservent les derniers jours.


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  • Météo-Suisse est décidément complètement à l'ouest. Rien ne s'est ouvert hier. Il a flotté toute la nuit.
    La neige s'accroche à la verdure. Il fait un froid de canard. Aucune excursion possible aujourd'hui. Et même si ça se dégage dans l'après-midi, le Mt-Bonvin sera demain encore impraticable. Le jour 9 est ma dernière chance mais c'est le jour où j'avais prévu de plier bagage, faire le trajet jusqu'à la cabane pour y déposer la couverture et y passer la nuit avant de redescendre dans l'après-midi du dernier jour.
    Une autre solution serait donc de réduire le campement aujourd'hui, sécher tout ça à la cabane, prévoir une course tranquille pour demain et Mt-Bonvin, Sex Mort, Plaine morte, descente dans les Outanes par le pierrier, remonter le col de la Roue pour atterrir à la cabane. Huit heures de marche pour conclure en beauté.
    Une dernière solution serait de ne passer par la cabane que le dernier jour ; donc sans y passer la nuit. Mais cela exigerait que la tente ait résisté. Ce qui me surprendrait fort. Et pour le vérifier il faut s'y rendre sous ce temps de chien...
    Au moins je suis reposé et l'humeur est remontée de quelques degrés. Les deux visages qui dansaient autour de ma tête hier soir ont réintégré leur territoire. J'étais étendu sur ma couche et je distinguais clairement sur ma gauche un René-Claude qui éructait des borborygmes incompréhensibles à la vitesse de la lumière et d'une voix filtrée à l'hélium alors qu'à ma droite, un autre René-Claude enchaînait les grimaces les plus incongrues avec une dextérité hallucinante ; jusqu'à ce que le sommeil me gagne.


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  • C'est en vain que j'attends les éclaircies annoncées et je taille la route sous la neige, la pluie, la neige. Les pieds dans la boue, les flaques, la neige, la boue.
    Je suis à la cabane du Plan, unique pensionnaire. Dehors le vent souffle et le brouillard masque tout. Loin au-dessus de la plaine, on devine un ciel bleu. L'alpage est piqueté de blanc.
    J'ai le cafard. Ma tisane "Jambes légères" n'allège pas ma tristesse. Je ne sais pas à quoi elle est due. Peut-être à la pluie, la boue, la neige, la pluie ; associés à une fatigue qui trouve enfin logiquement son nid.
    Envie de rien. J'ai déjà bien travaillé, en cabane puis en déplacement. Peut-être faut-il simplement se coucher, accueillir la tristesse avec bonheur. La recevoir avec la même grâce que pour la joie qui me fut coutumière jusqu'à ce jour. La savourer. La savoir volatile... Puisque comme tout en ce bas monde ; elle passera.


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  • Météo-Suisse est décidément d'une précision remarquable : déjà dix centimètres de neige. Et ça continue. J'espère qu'ils seront tout aussi pertinents pour la suite de leurs prévisions : éclaircies à la mi-journée et améliorations croissantes sur les jours suivants.
    Je ne vais pas retrouver ma tente aujourd'hui. Ce doit être un désastre absolu. Moi qui craignais ces rigoles convergentes... Quand la neige aura fondu ça sera tout juste un étang. Je vais tant bien que mal rejoindre la cabane du Plan. Celle qui eut la générosité de me prêter une couverture. J'irai constater demain l'ampleur des dégâts. En tout cas je remercie le hasard qui me contraignit à modifier mes projets pour m'amener à la cabane des Violettes. Je serais sûrement très malheureux aux Outanes. Si ce n'est mort de froid. Cela valait bien quelques ronflements.

    Je ne vous ai pas encore bien situé les Outanes. C'est une minuscule vallée parallèle à celle du Rhône.
    au-dessus de Sierre, sur la rive droite, on peut distinguer l'alpage du Plan. C'est un alpage encore sauvage car épargné de toutes ces constructions clairsemant le domaine skiable. En hiver il n'est fréquenté que pas les randonneurs qui y font le col de la Roue qui, justement, donne sur les Outanes. Comme cela laisse à prévoir, le vallon est totalement sauvage, ceint de pierriers et de falaises avec en son val, la Tièche qui y creuse son lit et comme sentinelles à chaque extrémité, le Schwartzhorn et le Mt-Bonvin. Un chemin pédestre le longe, reliant les Violettes à la Lämmerenhütte. Mais comme l'itinéraire n'est pas mentionné sur les cartes d'excursions, il y est très peu couru. D'autant que comme je disais précédemment, la rive droite est moins choyée par les promeneurs. La plupart des fiertés valaisannes élèvent leur majesté sur la rive gauche.
    Signalons pour conclure que si la plaine du Rhône se dissimule derrière les falaises sud, les pierriers nord soutiennent le glacier de la plaine Morte. Qui d'ailleurs déverse avec fracas le suc de ses chaleurs estivales non loin de mon campement.


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