• Longtemps j'ai songé

    Longtemps j'ai songé à t'offrir - pour toi ou pour ton regard qui semblait si vide - l'éclat et la tiédeur de la première neige pour la peau et pour les yeux mais tu détournais les tiens en riant ou en te forçant à rire et je ne songeais plus à rien qu'à éprouver pour moi-même l'incommensurable, l'éphémère. On n'apprend rien, on ne sait rien, une cigarette pend continuellement à ma lèvre depuis que je repense à toutes ces minutes, ces joies, ces ports, ces attaches, une cigarette qu'il ne me vient même pas à l'idée d'allumer car tu ne fumais pas, pas encore. Aujourd'hui, tu dors, tu te jettes là où tu es, n'importe où, tu te laisses engloutir par le sommeil, ta vie est un engloutissement perpétuel, j'allume ma clope, j'ai inventé cette histoire pour ne pas avoir à l'allumer trop tôt, mes cheveux poussent à l'envers et dans la verrière au-dessus de ma tête, je t'entends rire ou faire semblant de rire (de quoi ? de tout !), j'écarte un rideau, tu apparais, mes cheveux tombent la nuit et repoussent la journée, la verrière est un morceau de sucre dans mon café, le chat (ai-je un chat ?)... je n'ai pas de chat..., je vois des poils partout, sur mon oreiller, à chaque extrémité du vide, entre les lignes de ce poème et je songe, oh je songe à certaine partie de ton corps (bien sûr !). Le soleil est une boule de poils lumineuse, les étoiles sont des bogues velues éclairées de l'intérieur. J'ai jeté mon coeur au ruisseau, ce n'est pas vrai, qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui m'empêche de le faire ? simplement je voudrais disparaître, vivre sous la terre, creuser, creuser, vivre à l'intérieur des murs, des troncs d'arbres, ignorer l'espace, ignorer le commencement et la fin, ignorer ces visages penchés sur le mien et qui déjà s'embuent doucement.

    Vital Bender


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