• Jonathan Littell Les bienveillantes

     

    Erynies lâchées aux trousses d'Electre et Oreste après que celui-ci ait réglé la justice au talion à coups de poignard bien sentis dans le giron de leur môman.

    Démons intérieurs et indomptables exacerbés par le cadre d'une époque déroutée dans la démesure des possibles offerts par les ombres de l'âme humaine.
    Ceux de Maximilien Aue, intellectuel galonné SS qui a marqué de ses semelles les hauts lieux du front de l'Est pour terminer de les user à Berlin où se concluent la guerre et le roman. Car il s'agit bien d'un roman, d'une fiction partiale et, quoique très bien documentée, nullement historique ni exhaustive. Je le souligne car en lisant un bout de tout ce qui s'écrit au sujet de ce travail de ci de là des pages web, je trouve qu'il fait l'objet de critiques bien injustifiées.
    Evidemment sa vision est partielle. Evidemment il ne propose pas d'analyse politique discursive. Evidemment il n'éprouve point de remords, celui-ci est expulsé dans la personnification des Bienveillantes. Evidemment il n'apporte pas de réponse. C'est le récit autobiographique d'un personnage imaginaire.
    Et quelle virtuosité ! Quels trilles époustouflants ! Quels prodigieux moments de pure inspiration exprimée avec justesse et profondeur.
    Pourtant je ne trouve pas qu'il s'agit là d'un écrivain de mots, d'un styliste. Et peut-être n'écrira-t-il plus. Peut-être a-t-il tout dit. Peut-être une oeuvre exprime-t-elle l'Oeuvre. Et grand bien lui fasse car pour moi Elle se suffit à elle-même. 
    Pourtant j'ai laissé ce livre à plusieurs reprises et une fois pour plusieurs mois, écoeuré et épuisé aux environs de la millième page de l'édition de poche. Mais la puissante impression qu'il me laisse ne m'autorise qu'un détail de vraisemblance romanesque. Pour le reste, ce texte ébranle et questionne, nourrit et révolte, lasse et exalte, dégoûte et émerveille. Que demander de plus ?

    La question de la mémoire m'a taraudé tout au long du récit. Les détails sont si nets, les noms retrouvés dans leur grande majorité, les faits reportés dans une chronologie et une précision d'horloger. Comme le héros nous le dit, il a reconstitué le puzzle de ce passé à l'aide des documents historiques, mais tout de même, la mémoire est si volatile, si trouble, si lacunaire et traîtresse : le rêve s'introduit dans la réalité et avec les années on ne sait plus très bien où se situe la limite. On ne sait plus de quels moments et quels lieux certains faits, même marquants, doivent être rapprochés. Je serais bien en peine de me souvenir de tous les moments où j'ai vomi, même le plus récent et je vomis moins souvent que le héros. Maximilien Aue se souvient pratiquement de tout. Et il aborde ses mémoires cinquante ans après les faits.

    Ces descriptions si précises destinées à toujours davantage concerner, impliquer le lecteur ont eu sur moi l'effet inverse. Leur trop grande clarté rendait invraisemblables les événements.  


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