• Je traîne derrière moi un amas de peaux mortes

    Je traîne derrière moi un amas de peaux mortes provenant de mues successives.
    Ceux que j'ai rencontrés sur cette route m'ont à peine remarqué.
    Ils n'ont vu que ces peaux dans la poussière ces peaux dont les craquelures les ont sans doute fait penser à des aboiements de chiens (sans chiens) à des poèmes (sans mots) à des fleurs (sans abeilles)
    à des mains de femmes réunies pour un simulacre de prière.
    S'ils avaient vu mes yeux s'ils avaient croisé mon regard (mon regard...)
    peut-être (sans doute) auraient-ils compris...
    Certains m'ont suivi comme on suit un cortège funèbre ou une inconnue sous la pluie.
    D'autres m'ont lancé des pierres qui ressemblaient à des morceaux de savon qui fondaient sous les trombes d'eau avant de m'atteindre.
    D'autres encore ont filé droit devant eux
    ont couru jusqu'à la tombée de la nuit pour fuir cette vision qu'ils croyaient avoir eue.
    Ceux qui m'ont emboîté le pas pleuraient mais les larmes sur leurs lèvres - est-ce possible ? - avaient le goût des bonbons à la framboise qu'ils suçaient en cachette dans la cour de récréation (peut-on oublier cela ?).
    Le cortège a fini par prendre des allures de fête foraine.
    Et lorsque nous parvînmes au sommet du promontoire qui dominait la mer toute la mer ensevelie sous des gravats
    nous nous précipitâmes dans ces flots de ferraille et de béton en nous tenant par une main par un cil par une touffe de cheveux - il pouvait être midi...
    Les vagues de débris d'heures et de jours nous bercent.
    Par temps clair et si nous le désirons ardemment nous pouvons apercevoir les lueurs d'habitations d'hommes et de femmes (du futur) sous la mer.
    Mais à quoi cela nous servirait-il de savoir ?...

    Vital Bender


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