Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
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Le feu atomise l'espace
nous avons des os des viscères
de longs poils en toutes saisons
des écailles pour capter la lumière.
Nos enfants jouent avec des têtes de morts
qu'ils lancent pour faire tomber des quilles
sur une passerelle flottante.
Le feu consumait nos consciences rétives.
Nos femmes étaient toutes frigides
cependant
elles savaient se laisser aimer
quand nos bouches goulues
entre leurs cuisses
crachaient de petits poissons.
Le feu dégorgeait des ruelles
que nous arpentions avec tout notre passé
nos têtes chauves
nos soucis majeurs.
Nous poursuivions à l'infini
tant de visages perdus
visages bleuis
visages de femmes...
Vital Bender
Publié par libou à 13:01:07 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai écrasé le chien
dans le cendrier
la cigarette aboie tristement.
Ta main fixe écarte un rayon
sous les feuilles
sous des lambeaux d'heures
ta main qui savait aussi se fondre
dans le paysage
été comme hiver
quand je hurlais à la mort
pour conjurer cette obsession de la joie
cette obsession de l'amour.
Alors je devenais moi aussi invisible
je disparaissais sous la terre
tu tombais aux pieds de la perfection
en l'accusant de tout ton corps
et elle t'écrasait les mains
dans une écuelle.
Aujourd'hui tes doigts se faufilent
entre d'autres formes embuées.
Le chien est mort : il s'est éteint
comme un cigare
sur le bord d'une assiette.
Je ne fume presque plus.
J'aboie à sa place
quand tu me prends sur tes genoux
pour me consoler (oh si peu !)
de n'être point parfait.
Vital Bender
Publié par libou à 13:03:09 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Mais aucune page ne restera indéfiniment vierge.
Les chevaux piaffent d'impatience à divers points de cet horizon quadrillé
et dans une marge fictive
et dans chaque petit carreau
brille
une constellation d'yeux porcins.
Le poète écarquille les yeux
allume une cigarette
fronce les sourcils
écarte le voile
et la bouche béante
contemple le monde réel.
Il ne respire plus par lui-même.
Chaque palpitation de son corps
correspond à celle du cosmos
qu'il sent fluer en lui
et cette union sacrée
le rend fou.
Une odeur tenace de mégots et d'apparences fumigènes
l'oblige à réintégrer sa carcasse.
Le poète crache un noyau de cerise sur le bitume
soupire profondément
se frotte les yeux en songeant à des formes rétrospectives au-dessus des toits
derrière des ruines
des tentures.
Il a faim.
L'ombre à l'orée de son cou devient jaune.
Il se tâte la carotide.
Sa bouche tète un sein (cafetière renversée)
le chat fait un mouvement brusque
la photo sur le mur dissimule une éclaboussure de cervelle humaine (ou végétale).
Ce qui fut plus jamais ne sera :
cette perspective profonde
le ballet des sirènes (des sorcières)
tout cela et tant de rêves dissous
dans l'acide du temps.
Le poète simule un cri de femme anogarsmique
qui fait sursauter le chat
et siffler la cafetière.
Le sapin de Noël est tout sec
il faudra songer à le brûler
songer à faire un enfant
à écouter le tam-tam des heures creuses contre les tempes
songer à tous ceux à toutes celles
à qui personne ne songe...
Le poète pour qui la femme
n'est qu'un objet virtuel...
Vital Bender
Publié par libou à 21:21:26 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Crépitent les neurones dans une boîte qui ressemble à une boîte crânienne
mais qui n'est qu'une boîte ordinaire
en fer-blanc.
Les neurones sont des haricots secs
à faire tremper dans de l'eau bénite
ou dans de l'absinthe.
Chantent les os des squelettes oxydés
xylophone ou jeu de cloches souterrain :
la musique se faufile à travers les fentes du placard.
Un jour ton ventre sera rond (peut-être)...
et dans la brume de tes yeux si...
de tes yeux ça...
dans la brume de tes baisers
sur la bouche etc...
Crépitent les qu'en-dira-t-on !
L'ossuaire déborde.
Sur le litoral
une harpiste solitaire
joue pour Dieu
pour les naufragés
ou pour les mouettes.
Tranches de vies
tranches d'au-delà...
Célébrer la folie
la fureur
la soif.
Tout !...
Ha ! ha ! ha ! crépitent
crépitent les flaques d'huile
arcs-en-ciel fanés
au bout d'un champ de rouille
ou déracinés
perdus corps et biens
Tout au fond de l'espace
ou de la page blanche.
Vital Bender
Publié par libou à 21:03:45 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
De la narine gauche de l'épousée coule un filet vert
de sa bouche
de ses tympans
la nuit
les oriflammes...
Cérémonie nuptiale
s'achève en papillons
sous la lampe cochère.
Symphonie clouée à son temps
loin très loin sous terre
embaumement forcé
de vivants et de morts.
Trois notes piquées
quelques aboiements d'esprits chagrins
la mariée soupire dans sa carlingue
fluorescente
l'hydravion pique du nez
un homme (est-ce l'époux ?)
joue avec des marionnettes
qui semblent idiotes.
Une voix monte d'un poste de radio
sur l'autoroute verticale
où les autos s'enlisent
dans la glu qui ruisselle
de la cervelle conjointe
qui voudrait partir en voyage
sous la croûte terrestre
loin des barbes postiches
des discordes
des amphétamines.
Mais la jeune épouse a soif
si soif :
dans ses artères
se bousculent ombres et flashs
tumeurs et ice-creams
et les notes d'un piano brisé
dansent sous son chapeau
comme des nuées d'électrons.
La télévision crache des images d'acier et d'eau lourde
sous une pluie de bombes
qui ressemble à une chute d'ovaires.
On a décapité la nuit ordinaire à la machette
les prénoms (à quoi servent-ils ?)
les années
les pensées
les saisons
on a...
(que n'a-t-on pas fait ?)
L'époux se sent des ailes
sous son pantalon à pli
qu'il a déboutonné.
Une hirondelle tombe du plafond
sur la moquette.
L'orchestre a volé en éclats
l'homme se tortille dans tous les sens
la femme roucoule dans un coin
fait un signe de croix
s'endort.
Elle n'a plus de trompes
plus d'yeux
plus d'ovaires.
La semence de l'homme coule sur le parquet.
Union libre.
Déflagration.
L'immeuble s'effondre.
Demain sur le coup de midi
on abattra le dernier arbre de la planète.
Sur le coup de midi...
Vital Bender
Publié par libou à 12:57:36 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
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