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Présentation

Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)


C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."


Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.


Que serais-je sans vous ?


 

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Division familiale : Critique du Le Courrier | 26 avril 2009

L'implacable équation des générations perdues

De la porte entrebâillée, une lame de lumière tranche la pénombre de la scène. Comme une blessure dans la nuit, à l'image des coeurs : ceux d'une mère et de son fils, bousillés par un fait divers en forme de destin. Derrière cette porte, on entend le corps d'un père suicidaire se dessiner à travers les sanglots des survivants. Survivre à l'arithmétique du temps, à la soustraction de la perte. Division familiale esquisse sans concession les liens du sang disloqués par la mort, la culpabilité, la rouille qui gangrène les ports d'attache fraternels ou filiaux.

Un texte hypnotique, entre douleur et ironie, dont les vers libres, écrits sans ponctuation, jouent avec la répétition des mots. Comme un écho aux ruminations obsessionnelles des personnages, à leurs pensées-tourbillon qui donnent le vertige, turbulences qui s'entrechoquent, échauffent les esprits et carbonisent les relations. "Pardon", répètent-ils sans cesse, comme une formule incantatoire qui se serait vidée de son sens, et dont l'essence première ne cesse de s'évaporer davantage à force d'être évoquée. Car à travers la mort du père, c'est tout une mécanique de communication qui se grippe ; qui saura prendre la tête de la meute ? Cette mère effondrée sur elle-même, dont le masque de regrets se fige au fil des éternelles habitudes, ou ce fils cadet toxicomane, suffisamment affaibli et effaré pour distribuer des "Je t'aime" que personne ne saura entendre ? Sûrement pas. Reste le fils aîné, miroir inversé du cadet, qui se plaît dans les ivresses de l'ascension sociale plutôt que dans celles d'un shoot d'héroïne.

Dans ce décor noir et blanc de nuit et de pénombre, la mort agit comme un révélateur ; au sol, un cadre de néon définit les limites de ce cliché bouleversé. Dans cette intimité froide et désolée, le quotidien s'affiche dans son plus simple appareil, une table, quatre chaises pour meubler le dîner des retrouvailles. Derrière le manque d'appétit, le malaise sourd avec une justesse cinglante. "Ca pue l'étable", lâche la soeur, seul membre du clan qui saura peut-être s'émanciper de sa destinée gluante, au prix d'une douloureuse distanciation.

Le dédain, unique échappatoire face à l'emprise dysfonctionnelle des siens ? La noirceur du trait, son incapacité (ou est-ce une volonté ?) à ciseler la moindre lueur d'espoir, verse parfois sur la pente de l'ennui. Mais les acteurs, tous à fleur de verbe, irisent suffisamment le texte pour soutenir ses basculements vers l'absurde, le surréaliste, la folie. Après tout, la mère et le fils aîné finiront en chemise d'hôpital sous les néons cliniques d'un asile psychiatrique. Et resteront jusqu'au bout des personnages sans nom, individualités à jamais prisonnnières de l'amère toile familiale.

Jonas Pulver

Publié par libou à 13:35:05 dans puits à coq | Commentaires (0) |