• Combien de fois

     

    Combien de fois ne me suis-je lancé sans retenue à la poursuite de ces chevelures synonymes de vie
    synonymes de mort ?
    Combien de fois n'ai-je pris en chasse ces comètes dans un ciel composé d'incessantes éclosions de visages blêmes ?
    Je me nourris toujours d'images d'autres temps d'autres dimensions mais ma vie (et la lumière) ont changé de consistance.
    Je ne vois plus de ponts ou de pétroliers géants à la place de fleurs fanées dans un vase ou au plafond
    ni de tourelles à la place de mains de mortes s'ébattre autour d'un clocher sonnant l'heure de s'immoler dans l'azur.
    Que vois-je sinon des pieux fichés dans la glaise de corps prêts à s'aimer
    un chapelet d'îles - tout un archipel - flottant à la surface de ces mêmes corps
    et l'ennui l'ennui
    au fond des têtes coupées roulant entre des squelettes d'arbres ou suspendues à leurs branches !
    Je vois des formes floues dans le silence compact et des corneilles et des pies se désaltérer dans les flaques d'eau sur une route qui file vers le ciel en décrivant une courbe semblable à celle de tes yeux mi-clos quand tu me fuis.
    Je vois des araignées dans un couloir de suie que transperce un rayon.
    Je vois (que vois-je encore ? et que signifie oh que signifie voir ?)
    je vois une nébuleuse d'inscriptions indéchiffrables sur un mur qui se met à onduler comme une croupe
    puis à s'étirer à se fendre
    et je ne vois oh je ne vois plus rien plus rien qu'un long qu'un doux visage plein de tristesse
    s'approcher du mien dans la brume.

    Vital Bender


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